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 Un monde sans Islam

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MessageSujet: Un monde sans Islam   Lun 23 Juin - 22:24

voici un texte tres interessant que je vous encourage a lire (je c que personne le lira).... mais bon ....

Présentation par le traducteur
« C’est un article riche, passionnant et intéressant. Et il est d’autant plus intéressant que son auteur est un ex-vice président d’une entité de la CIA.
Il essaye d’imaginer la situation de l’humanité dans un monde où l’Islam n’aurait pas vu le jour. Un souhait où, faute de pouvoir revenir dans le temps pour tuer le bébé dans l’œuf, beaucoup de forces dépensent des fortunes et déploient des énergies pour étouffer l’Islam de libération et le réduire à des pratiques folkloriques.
Alors quelle aurait été l’évolution de ce monde ? Je vous laisse lire le texte de Graham E. Fuller pour découvrir ce qu’on serait devenu. L’on pourra formuler des remarques sur les hypothèses, l’analyse ou les conclusions de l’auteur et sur son emploi des termes comme terrorisme et terroriste sans définir le contenu. Mais pour un ex-agent de la CIA, il a au moins le mérite de reconnaître que ce chaos que nous vivons aujourd’hui est dû principalement aux agressions impérialistes de l’Occident.
Une dernière chose, j’aurais aimé que l’auteur, avec ses grandes connaissances géopolitiques et historiques, fasse le même exercice en imaginant un monde sans le mouvement sioniste, et par conséquent sans l’État d’Israël. Mais ça serait peut-être trop lui demander, n’est ce pas ? Quelqu’un pourrait-il objectivement émettre cette hypothèse de travail sans risquer sa propre mort intellectuelle ? »
Imaginez, si vous voulez, un monde sans Islam – une situation, il faut l’admettre, inconcevable, vu la place centrale qu’il occupe à la Une de nos médias. L’Islam semble être derrière un large éventail de désordres internationaux : attentats suicides, voitures piégées, occupations militaires, luttes de résistance, émeutes, fatwas, jihad, opérations de guérilla, vidéos de menace et le 11/9 lui-même. « L’Islam » semble être une pierre de touche analytique simple et instantanée, nous permettant de donner un sens aux convulsions du monde d’aujourd’hui. Et de fait, pour certains néoconservateurs « l’Islamofascisme » est désormais notre ennemi juré dans une « troisième guerre mondiale » imminente.
Je vous propose un petit jeu. Et l’Islam n’existait pas ? Et si le Prophète Mohammed n’avait jamais existé, ni la saga de la propagation de l’Islam à travers des grandes parties du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique ?
Étant donné notre actuelle focalisation sur le terrorisme, la guerre et l’antiaméricanisme rampant – certaines des questions internationales less plus émotionnelles aujourd’hui –, il est vital de comprendre les vraies sources de ces crises. L’Islam est-il en fait la source du problème, ou est-ce que cette source ne se trouve pas plutôt du côté de facteurs moins évidents et plus profonds ?
Pour l’intérêt de l’argumentation, dans un effort d’imagination historique, faites-vous une image d’un Moyen-Orient dans lequel l’Islam ne serait jamais apparu. Aurions-nous alors été épargnés par beaucoup des défis qui se trouvent aujourd’hui devant nous ? Le Moyen-Orient serait-il plus pacifique ? En quoi les relations Orient-Occident seraient-elles différentes ? Sans l’Islam, il est sûr que l’ordre international présenterait une image très différente de celle d’aujourd’hui. Mais est-ce si sûr ?
ET SI PAS D’ISLAM, ALORS QUOI ?
Depuis les premiers jours du Moyen-Orient au sens large, l’Islam a visiblement façonné les normes culturelles voire même les préférences politiques de ses disciples. Comment pouvons-nous alors séparer l’islam du Moyen-Orient ? Il s’avère que ce n’est pas très difficile à imaginer.
Commençons par l’aspect ethnique. Sans l’Islam, le visage de la région va rester complexe et conflictueux. Les groupes dominants au Moyen-Orient -- Arabes, Perses, Turcs, Kurdes, Juifs, voire Berbères et Pachtounes – continueraient à dominer la scène politique. Prenez les Perses par exemple : bien avant l’Islam, les grands empires persans se sont étendus jusqu’aux portes d’Athènes et étaient les rivaux perpétuels de quiconque habitait l’Anatolie. Des peuples sémites contestant cette hégémonie ont combattu les Perses à travers le Croissant fertile jusqu’en Irak. Et puis il y a les forces puissantes des diverses tribus et commerçants arabes se répandant et migrant dans d’autres régions sémites du Moyen-Orient avant l’Islam. Les Mongols auraient tout de même envahi et détruit les civilisations de l’Asie centrale et beaucoup du Moyen-Orient au 13e siècle. Les Turcs aurait quand même conquis l’Anatolie, les Balkans jusqu’aux portes de Vienne et une grande partie du Moyen-Orient. Ces luttes -- pour le pouvoir, le territoire, l’influence et le commerce – existaient bien avant l’arrivée de l’Islam.
Il est pourtant trop arbitraire d’exclure complètement la religion de l’équation. Si en fait l’Islam n’a jamais émergé, la majeure partie du Moyen-Orient serait restée essentiellement chrétienne avec ses diverses sectes comme cela était le cas à l’aube de l’Islam. En dehors de quelques Zoroastriens et d’un petit nombre de Juifs, aucune autre religion majeure n’était présente.
Mais l’harmonie avec l’Occident aurait-elle régné si le Moyen-Orient était resté chrétien ? C’est aller trop loin. Cela supposerait que le monde européen médiéval impatient et expansif n’aurait pas projeté son pouvoir et son hégémonie à ses voisins d’Orient, à la recherche d’espaces économiques et géopolitiques où prendre pied. Après tout, qu’étaient les Croisades sinon une aventure occidentale motivée essentiellement par des besoins politiques, sociaux et économiques ? L’étendard du christianisme était à peine plus qu’un symbole fort, un cri mobilisateur pour sanctifier les besoins bien plus profanes d’ Européens puissants. En effet, la religion particulière des autochtones ne figurait jamais en tête des causes de l’expansion impériale de l’Occident à travers la planète. L’Europe a pu parler d’une manière édifiante de porter « les valeurs chrétiennes aux autochtones », mais l’objectif évident était d’établir des avant-postes coloniaux comme sources de richesse pour la métropole et des bases pour l’expansion du pouvoir occidental.
Ainsi il est improbable que les habitants chrétiens du Moyen Orient auraient bien accueilli le déferlement des flottes européennes et leurs marchands soutenus par les fusils occidentaux. L’impérialisme aurait prospéré dans le mosaïque ethnique complexe de la région, matière première du vieux jeu « diviser pour régner ». Et les Européens auraient toujours installé les mêmes dirigeants locaux malléables pour satisfaire leurs besoins.
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MessageSujet: Re: Un monde sans Islam   Lun 23 Juin - 22:25

Avançons maintenant à l’époque du pétrole au Moyen-Orient. Les États du Moyen-Orient, même s’ils avaient été chrétiens, aurait-ils dit amen à l’établissement des protectorats européens sur leur région ? Certainement pas ! L’Occident aurait toujours construit et contrôlé les mêmes points d’étranglement comme le canal du Suez. Ce n’était pas l’Islam qui a fait que les États du Moyen Orient ont résisté vigoureusement au projet colonial qui a redessiné les frontières de manière draconienne selon les préférences géopolitiques européennes. Et ces États chrétiens du Moyen Orient n’auraient pas non plus bien accueilli les sociétés pétrolières occidentales et impériales, soutenues par leurs vice-rois, diplomates, agents de renseignements et armées européens, pas plus que ce qu’ont fait les Musulmans. Regardez la longue histoire des réactions des Latinoaméricains à la domination des Usaméricains sur leur pétrole, leur économie et leur politique. Le Moyen-Orient serait toujours aussi motivé pour créer des mouvements nationalistes anticoloniaux pour arracher le contrôle sur leurs terres, leurs marchés, leur souveraineté et leur destin à la mainmise étrangère – tout comme les luttes anticoloniales dans l’Inde hindoue, la Chine confucéenne, le Vietnam bouddhiste et l’Afrique chrétienne et animiste.
Et les Français se seraient certainement tout aussi volontiers répandus sur une Algérie chrétienne pour s’emparer des ses riches terres agricoles et établir une colonie. Les Italiens n’ont non plus laissé la chrétienté éthiopienne les empêcher de transformer l’Éthiopie en une colonie administrée durement. Bref, il n’y a pas aucune raison de croire que la réaction moyen-orientale à l’épreuve coloniale européenne aurait été significativement différente celle qui a eu effectivement lieu sous l’Islam.
Mais peut-être le Moyen-Orient aurait-il été plus démocratique sans l’Islam ? L’histoire des dictatures en Europe elle-même n’est pas rassurante sur ce point. L’Espagne et le Portugal ont mis fin à leurs violentes dictatures seulement en milieu des années 1970. La Grèce s’est libérée d’une dictature liée à l’Église il y a à peine quelques décennies. La Russie chrétienne ne s’en est toujours pas sortie. Jusqu’à récemment, l’Amérique latine était accablée par des dictateurs, qui souvent régnaient avec la bénédiction des USA et en partenariat avec l’église catholique. La plupart des nations africaines chrétiennes n’ont pas mieux réussi. Pourquoi un Moyen-Orient chrétien se serait-il présenté différemment ?
Et puis il y a la Palestine. C’étaient évidemment les Chrétiens qui ont, honteusement, persécuté les Juifs durant plus qu’un millénaire , ce qui a culminé dans l’Holocauste. Ces exemples horribles d’antisémitisme étaient bien enracinés les terres et la culture chrétiennes occidentales. Les Juifs auraient donc quand même continué à chercher une patrie en dehors de l’Europe ; le mouvement sioniste aurait de toute façon vu le jour et aurait cherché une base en Palestine. Et le nouvel État juif aurait toujours délogé les mêmes 750 milles Arabes natifs de Palestine de leurs terres même s’ils avaient été des Chrétiens- et d’ailleurs une partie d’entre eux l’étaient. Et ces Arabes chrétiens n’auraient-ils pas combattu pour protéger ou reprendre leur propre terre ? Le problème israélo-palestinien reste au fond un conflit national, ethnique et territorial, renforcé seulement récemment par des slogans religieux. Et n’oublions pas que les Chrétiens arabes ont joué un rôle majeur dans les débuts du mouvement nationaliste arabe au Moyen-Orient ; d’ailleurs, Michel Aflaq, le fondateur idéologique du premier parti panarabe, le Baath, était un Chrétien syrien formé à la Sorbonne.
Mais des Chrétiens du Moyen-Orient auraient certainement été mieux prédisposés, pour des raisons religieuses, envers l’Occident ? N’aurions-nous pas évité tous ces conflits religieux ? De fait, le monde chrétien lui-même a été déchiré par des hérésies dès les premiers siècles de pouvoir chrétien, des hérésies qui étaient devenues les seuls véhicules des oppositions politiques au pouvoir romain ou byzantin. Loin d’unir sous la religion, les guerres religieuses de l’Occident cachaient toujours des luttes plus profondes, ethniques, stratégiques, politiques, économiques et culturelles pour la domination.
En vérité cette référence à un « Moyen-Orient chrétien » cache elle-même une méchante animosité. Sans l’Islam, les peuples du Moyen-Orient seraient restés comme ils étaient à la naissance de l’Islam, la plupart des disciples du christianisme orthodoxe oriental. Mais il est facile d’oublier que l’une des controverses historiques les plus durables, les plus virulentes et âpres fut celle entre l’église catholique à Rome et la chrétienté orthodoxe orientale à Constantinople – une rancune qui persiste de nos jours. Les Chrétiens orthodoxes orientaux n’ont jamais oublié ou pardonné le sac de Constantinople la chrétienne par les croisés occidentaux en 1204. Presque 800 ans plus tard, en 1999, le pape Jean Paul II chercha à faire quelques petits pas pour cicatriser la plaie lors de la première visite d’un pape catholique au monde orthodoxe en mille ans. C’était un début, mais le schisme entre l’Orient et l’Occident dans un Moyen-Orient chrétien aurait ressemblé à ce qu’il est aujourd’hui. Prenez la Grèce par exemple : la cause orthodoxe a été un puissant mobile derrière le nationalisme et le sentiment anti-occidental là-bas, et les passions anti-occidentales dans la politique grecque, il y a seulement une dizaine d’années, résonnaient des même suspicions et visions virulentes de l’Occident que nous entendons aujourd’hui de la part de beaucoup de leaders islamistes.
La culture de l’Église orthodoxe diffère nettement de l’esprit occidental de l’après-siècle des lumières, qui insiste sur la laïcité, le capitalisme et la primauté de l’individu. Elle a encore des peurs résiduelles à propos de l’Occident similaires sous bien des aspects aux incertitudes des Musulmans d’aujourd’hui : la crainte du prosélytisme missionnaire occidental, la perception de la religion comme un vecteur clé pour la protection et la préservation de leurs propres communautés et culture, et une suspicion vis-à-vis de caractère « corrompu » et impérial de l’Occident. D’ailleurs, dans un Moyen-Orient qui serait chrétien orthodoxe, Moscou jouirait d’une influence spéciale, même aujourd’hui, comme le dernier centre important de l’Orthodoxie orientale. Le monde orthodoxe serait resté une arène géopolitique clé pour la rivalité Orient-Occident dans la guerre froide. Après tout, Samuel Huntington, a inclus le monde chrétien orthodoxe parmi les nombreuses civilisations impliquées dans un choc culturel avec l’Occident.
Aujourd’hui, l’occupation US de l’Irak ne serait mieux accueillie pas les Irakiens s’ils étaient tous chrétiens. Les USA n’ont pas renversé Saddam Hussein, un chef profondément laïque et nationaliste, parce qu’il était musulman. D’autres peuples arabes auraient quand même soutenu les Arabes irakiens dans leur traumatisme de l’occupation. Nulle part les gens ne se réjouissent de l’occupation et de la tuerie de leurs concitoyens par des troupes étrangères. D’ailleurs, des groupes menacés par de telles forces externes s’efforcent toujours de trouver des idéologies appropriées pour glorifier leur lutte de résistance. La religion est l’une de ces idéologies.
Voilà donc le portrait d’un « monde sans Islam » putatif. C’est un Moyen-Orient dominé par le christianisme orthodoxe oriental - une église historiquement et psychologiquement méfiante à l’égard de, voire hostile à, l’Occident. Même déchiré par d’importantes différences ethniques, voire confessionnelles, ce Moyen-Orient possède un sens aigu de conscience historique et de griefs contre l’Occident. Il a été envahi à plusieurs reprises par des armés impérialistes occidentales ; ses ressources pillées ; ses frontières redessinées par des oukases occidentaux en conformité avec les divers intérêts de l’Occident ; et des régimes y sont installés qui sont accommodants aux diktats occidentaux. La Palestine brûlerait toujours. L’Iran serait toujours profondément nationaliste. Nous verrions toujours les Palestiniens résister aux Juifs, les Tchéchènes résister aux Russes, les Iraniens résister aux Britanniques et aux Usaméricains, les Cachemiris résister aux Indiens, les Tamils résister aux Cinghalais au Sri Lanka, et les Ouïgurs et les Tibétains résister aux Chinois. Le Moyen-Orient aurait toujours un modèle historique glorieux – le grande empire byzantin avec plus de 2000 ans d’histoire - avec lequel s’identifier comme symbole historique et religieux. Cela perpétuerait, à maints égards, le fossé Orient-Occident.
Ceci ne présente pas une image vraiment réconfortante et pacifique.
SOUS L’ÉTENDARD DU PROPHÈTE
Evidemment, il est absurde de prétendre que l’existence de l’Islam n’a pas eu d’impact indépendant sur le Moyen-Orient ou sur les relations Orient-Occident. L’Islam a fourni une force unificatrice d’un haut niveau à travers une vaste région. Comme foi universelle, il a créé une vaste civilisation qui partage des principes communs de philosophie, d’art et de société ; une vision de la vie morale ; un sens de la justice, de la jurisprudence et de la bonne gouvernance – le tout dans une culture raffinée profondément enracinée. Comme culture et force morale, l’Islam a aidé à combler les différences ethniques entre les divers peuples musulmans, les encourageant à se sentir partie d’un vaste projet civilisationnel musulman dépassant leurs particularités. Rien que cela donne à ce projet un poids important. L’Islam a également affecté la géographie politique : S’il n’y avait pas eu d’Islam, les pays musulmans de l’Asie du Sud et du Sud-est – notamment le Pakistan, le Bangladesh, la Malaisie et l’Indonésie— seraient aujourd’hui enracinés dans le monde hindou.
La civilisation islamique fournissait un idéal commun auquel tous les Musulmans pouvaient faire appel au nom de la résistance contre l’intrusion occidentale. Même si cet appel a échoué à arrêter la marée impériale occidentale, il a créé une mémoire culturelle d’un destin commun partagé qui n’a pas disparu. Les Européens ont pu diviser et conquérir beaucoup de peuples africains, asiatiques et latinoaméricains qui sont tombés séparément devant la puissance occidentale. Une résistance transnationale unie entre ces peuples était difficile à réaliser en l’absence d’un quelconque symbole ethnique ou culturel commun de résistance.
Dans un monde sans Islam, l’impérialisme occidental aurait trouvé la tâche de diviser, conquérir et dominer le Moyen-Orient et l’Asie, bien plus facile. Il ne serait pas resté de mémoire culturelle collective d’humiliation et de défaite à travers une vaste région. Cela est la raison principale qui explique pourquoi les USA sont en train de se casser les dents sur le monde musulman. Aujourd’hui, les intercommunications globales et les images satellitaires partagées ont créé une forte auto-conscience parmi les Musulmans et un sentiment qu’une culture islamique partagée est assiégée par l’Empire occidental. Ce siège ne concerne pas la modernité ; il concerne la quête occidentale incessante de domination de l’espace stratégique, des ressources et même de la culture du monde musulman - l’offensive pour créer un Moyen Orient « pro-américain ». Malheureusement, les USA supposent naïvement que l’islam est le seul obstacle sur ce chemin.
Mais quid du terrorisme - la question la plus urgente que l’Occident associe aujourd’hui presque immédiatement avec l’Islam? Pour le dire de manière abrupte, le 11/9, aurait-il eu lieu sans l’Islam ? Si les griefs du Moyen-Orient, enracinés dans des années de colère émotionnelle et politique contre les actions et la politique US, avaient été enveloppés sous une autre bannière, est-ce que les choses auraient été très différentes ? Encore une fois, il est important de rappeler avec quelle facilité la religion peut être invoquée même quand d’autres griefs de longue date sont en jeu. Le 11 septembre 2001 n’était pas le début de l’histoire. Pour les pirates de l’air d’Al Qaïda, l’Islam jouait le rôle d’une loupe au soleil, rassemblant ces griefs collectifs répandus et partagés, et les concentrant dans un rayon intense, un moment de clarté dans l’action contre l’envahisseur étranger.
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MessageSujet: Re: Un monde sans Islam   Lun 23 Juin - 22:26

Dans la focalisation de l’Occident sur le terrorisme au nom de l’Islam, les mémoires sont courtes. Les guérillas juives utilisaient le terrorisme contre les Britanniques en Palestine. Les Tamils hindous sri-lankais des « Tigres » ont inventé l’art du gilet piégé et pendant plus d’une décennie ils ont occupé le premier rang dans le recours aux attentats-suicides, dont l’assassinat du Premier ministre indien Rajiv Gandhi. Des terroristes grecs ont effectué des opérations d’assassinat contre des responsables US à Athènes. Le terrorisme organisé sikh a tué Indira Gandhi, semé le chaos en Inde, instauré une base extérieure au Canada et abattu un vol d’Air India au-dessus de l’Atlantique. Les terroristes macédoniens étaient craints tout à travers tous les Balkans à la veille de la première guerre mondiale. Des douzaines d’assassinats majeurs à la fin du 19e et au début du 20e siècles ont été exécutés par des « anarchistes » européens et américains semant une peur collective. La l’Armée de la République Irlandaise (IRA) a développé un terrorisme effectif brutal contre les Britanniques durant des décennies, tout comme l’ont fait les guérillas communistes et les terroristes au Vietnam contre les Américains, les communistes malais contre les soldats britanniques dans les années 1950, les terroristes Mau-Mau contre les officiers britanniques au Kenya--et la liste continue. Il n’y a pas besoin d’être un Musulman pour faire du terrorisme.
Même l’histoire récente de l’activité terroriste n’est pas très différente. Selon Europol, 498 attaques terroristes ont eu lieu dans l’Union Européenne en 2006. Parmi elles, 424 ont été perpétrées par des groupes séparatistes, 55 par des extrémistes de gauche et 18 par divers autres terroristes. Seulement un attentat a été commis par des islamistes. Pour être complet, il y avait un nombre d’attentats déjoués dans une communauté musulmane hautement surveillée. Mais ces chiffres révèlent le large éventail idéologique des terroristes potentiels dans le monde.
Est-il dès lors très difficile d’imaginer des Arabes - chrétiens ou musulmans -, en colère contre Israël ou les invasions, les renversements et les interventions perpétuelles de l’impérialisme, recourant à des actes similaires de terrorisme et de guérilla ? La question pourrait être plutôt : pourquoi ceci n’a-t-il pas eu lieu plus tôt ? Dans la mesure où les groupes radicaux articulent des griefs dans notre monde globalisé, pourquoi ne devrions-nous pas nous attendre à ce qu’ils portent leur lutte au cœur de l’Occident ?
Si l’Islam haït la modernité, pourquoi a-t-il attendu jusqu’au le 11/9 pour lancer son assaut ? Et pourquoi des penseurs islamiques majeurs au début du 20e siècle parlèrent-ils du besoin d’adopter la modernité tout en protégeant la culture islamique ? La cause d’Oussama Ben Laden dans ses premiers jours ne concernait pas la modernité du tout : il parlait de la Palestine, des bottes usaméricaines sur le sol de l’Arabie Saoudite, des gouvernants saoudiens sous le contrôle des USA, et des « croisés » modernes. Il est frappant qu’il ait fallu attendre aussi tard que 2001 pour voir la première grande ébullition de la colère musulmane sur le sol des USA, en réaction à la politique US et à des événements accumulés, passés et récents. Si ce n’était pas le 11/9, un tel événement devait fatalement arriver.
Et même si l’Islam comme vecteur de résistance n’avait jamais existé, le marxisme l’a fait. C’est une idéologie qui a engendré un nombre incalculable de mouvements terroristes, de guérilla et de libération nationale. Il a façonné l’ETA basque, les FARC en Colombie, le Sentier lumineux au Pérou, et la Fraction de l’Armée Rouge en Europe pour n’en nommer que quelques-uns en Occident. George Habache, le fondateur du meurtrier Front Populaire de la Libération de la Palestine, était un chrétien grec orthodoxe et un marxiste qui avait étudié à l’Université américaine de Beyrouth. Dans une époque où le nationalisme arabe en colère flirtait avec un marxisme violent, beaucoup de Palestiniens chrétiens apportaient leur soutien à Habache.
Les gens qui résistent à des oppresseurs étrangers cherchent des bannières pour propager et glorifier la cause de leur lutte. La lutte des classes internationale pour la justice fournit un bon élément mobilisateur. Le nationalisme est encore mieux. Mais la religion fournit le meilleur de tous, en faisant appel aux plus hautes puissances pour défendre sa cause. Et partout, la religion peut en plus servir pour renforcer l’ethnicité et le nationalisme alors même qu’elle les transcende - notamment quand l’ennemi est d’une religion différente. Dans de tels cas, la religion cesse d’être la source première des affrontements et confrontations mais bien plus leur véhicule. La bannière du moment peut disparaître mais les griefs demeurent.
Nous vivons une époque où le terrorisme est l’outil de choix du faible. Il entrave déjà la puissance sans précédent des armées US en Irak, Afghanistan et ailleurs. Et c’est ainsi que Ben Laden dans beaucoup de sociétés non-musulmanes fut appelé le « nouveau Che Guevara ». Ce n’est rien moins que l’attrait d’une résistance réussie contre le pouvoir américain dominant, lorsque le faible contre-attaque. Un attrait qui transcende l’Islam ou la culture moyen-orientale.
KIF KIF BOURRICOT
Mais les questions demeurent, si l’Islam n’existait pas, le monde serait-il plus pacifique ? Devant ces tensions entre l’Orient et l’Occident, l’Islam ajoute incontestablement un élément supplémentaire émotionnel, une couche supplémentaire de complications dans la recherche des solutions. L’Islam n’est pas la cause de tels problèmes. Cela peut paraître raffiné de chercher des passages dans le Coran qui semblent expliquer « pourquoi ils nous haïssent ». Mais cela passe aveuglement à côté de la nature du phénomène. Quelle idée confortable que d’identifier l’Islam comme la source « du problème » ; c’est certainement bien plus facile que d’explorer l’impact de l’empreinte globale massive de l’unique superpuissance du monde.
Un monde sans Islam verrait toujours la plupart des tenaces rivalités meurtrières dont les guerres et les malheurs dominent la scène géopolitique. Si ce n’était pas la religion, tous ces groupes auraient trouvé d’autres bannières sous lesquelles exprimer leur nationalisme et leur quête d’indépendance. Bien sûr, l’histoire n’aurait pas suivi exactement le même chemin. Mais au fond, le conflit entre l’Orient et l’Occident concerne toujours les grandes questions historiques et géopolitiques de l’histoire humaine : l’ethnicité, le nationalisme, l’ambition, l’avidité, les ressources, les chefs locaux, le terroir, le gain financier, le pouvoir, les interventions et la haine des outsiders, des envahisseurs et des impérialistes. Confronté à des questions intemporelles comme celles-ci, comment le pouvoir de la religion pourrait-il n’être pas invoqué ?
Souvenons-nous aussi que pratiquement toutes les principales horreurs du 20e siècle vinrent presque exclusivement des régimes strictement laïques : Léopold II de Belgique au Congo, Hitler, Mussolini, Lénine et Staline, Mao et Pol Pot. C’étaient les Européens qui ont imposé leurs « guerres mondiales » par deux fois au reste du monde - deux conflits mondiaux dévastateurs sans aucun équivalent, même lointain, dans l’histoire islamique.
Certains aujourd’hui pourraient souhaiter un « monde sans Islam » dans lequel ces problèmes seraient censés n’être jamais apparus. Mais, en vérité, les conflits, les rivalités et les crises d’un tel monde pourraient ne pas apparaître si différents que ça de ceux que nous connaissons aujourd’hui.
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